Loïc Dossèbre : « Tresseur de mots n’est pas un métier »

Nous recevons aujourd’hui Loïc Dossèbre, auteur et blogueur, artiste autodidacte inspiré par le Romantisme, à découvrir à travers ses nouvelles et ses articles de blog, très intéressants. Merci à lui d’avoir répondu à mes questions avec un grand sérieux…

 

Loïc, pour commencer, quelques mots sur votre parcours ?

Je suis essentiellement autodidacte. Je n’ai pas de diplômes universitaires, malgré un court passage en faculté d’Histoire. Pour le meilleur et pour le pire, je travaille seul ! J’ai toujours eu de nombreuses passions, dont certaines furent durables, d’autres moins : égyptologie, civilisations antiques en général, astronomie, dessin, peinture, calligraphie, statuaire, Histoire médiévale, jeu de rôle, dandysme… Je ne connais aucun sujet à fond, mais je touche à tout. Aujourd’hui je consacre la majeure partie de mon temps à l’écriture. Je cherche ma voie, je teste des choses… Notre époque est géniale pour ça : je ne pourrais pas faire un dixième de ce que j’aime sans internet.

Vous écrivez des nouvelles, accessibles sur votre blog. Pouvez-vous nous les présenter ?

« Nuit Grise » et « Le Connétable » sont des textes assez courts, réalistes, traitant de la solitude. « Sur le Seuil » est une nouvelle fantastique d’inspiration lovecraftienne, à base de folie latente et d’entités monstrueuses. « Du Sang sur les Blés » relate un meurtre étrange, dont j’aurai l’occasion de reparler un peu plus tard ! Tous ces textes sont gratuitement consultables sur mon blog mais il est possible d’en acheter certains sur Amazon. Une manière comme une autre de soutenir mon travail.

Selon vous, la nouvelle est-elle un exercice littéraire plus ou moins ardu que le roman ? De quelle manière ?

Comparaison n’est pas raison : est-il plus facile de battre le record de vitesse au cent-dix mètres haies ou d’endurer le marathon de Boston ? Ce sont deux exercices très différents ; l’un est plus rapide, plus compact que l’autre, mais les deux, à leur manière, sont très difficiles. Écrire une nouvelle demande de la concision, un certain sens de la formule, la capacité de « lever le décor » en très peu de mots. Il faut faire entrer le lecteur dans l’histoire, sans pour autant écrire des pages et des pages. À l’inverse, la rédaction d’un roman exige patience, pugnacité… C’est un travail de longue haleine, au cours duquel la minutie, le sens du détail et surtout de la cohérence jouent un rôle primordial. La nouvelle doit être percutante ; le roman doit être enveloppant. Il me semble, en tout cas !
Pour les jeunes écrivains, la nouvelle a cependant un avantage sur le roman, c’est qu’elle est plus rapide à composer. Elle permet de s’entraîner, de se faire la main, sans passer des heures à peindre une frise sur laquelle on ne peut pas prendre de recul.

Sur votre blog, vous parlez notamment de la posture de l’écrivain (un article très intelligent, dont je partage l’idée). Comment échapper selon vous à cette posture (ou cette imposture) que l’auteur du XXIe siècle adopte ?

Il faut arrêter de croire que l’art et la littérature sont des choses importantes. Il faut travailler pour son plaisir – ce qui n’empêche pas de bien travailler –, ne pas trop se poser de questions et surtout ne pas s’imaginer que l’écrivain est doté d’une quelconque mission ou d’un rôle spécial dans la société. On sacralise beaucoup trop la culture et ceux qui la font, surtout en France. Je pense que la beauté ne sert fondamentalement à rien, qu’elle n’est véritablement sincère que lorsqu’elle est spontanée, désintéressée, gratuite… Alors que diable, décidons une bonne fois pour toutes de créer avec légèreté, et peut-être nous libérerons-nous des postures et des faux-semblants.

Avez-vous des rituels particuliers lorsque vous écrivez ? Ou un moment privilégié dans la journée pour écrire ?

Pas vraiment, même si j’ai la manie de toujours vouloir m’occuper les mains, soit en triturant mon crayon, soit en jouant avec une vielle balle qui traîne sur mon bureau. Je suis souvent très inspiré au moment d’aller dormir, ce qui fait de moi un membre honoré du vaste club des insomniaques.

Pourquoi écrivez-vous ?

Parce que j’aime ça, que j’ai des facilités à le faire, et qu’il faut bien se consacrer à quelque chose d’un peu joli.

Pensez-vous que le métier d’auteur s’apprenne ?

Je pense que l’art d’écrire s’apprend – comme tout – mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un métier. Écrivain, est-ce une profession ? La question fait débat sous la caboche de tous les auteurs en herbe. J’ai voulu le croire, il y a encore peu de temps, d’ailleurs j’ai souvent utilisé la formule « métier d’auteur »… À la réflexion je pense que tresseur de mots n’est pas un métier. Pas plus que peintre, pas plus que compositeur. On peut en vivre par accident, par hasard, mais en faire profession est l’apanage d’une poignée de privilégiés. Les artistes ne vivent pas de leur art, ils vivotent ; c’est comme ça.

D’autres passions hormis l’écriture ?

Beaucoup trop ! J’en évoquais quelques-unes au début de cet entretien. La dernière en date est l’élégance, ou le dandysme, ou le sartorialisme, comme on voudra. Se piquer d’élégance est une façon comme une autre de faire reculer la laideur du monde.

Avez-vous des projets en cours ?

J’ai publié « Du Sang sur les Blés » il y a quelques semaines, une histoire de meurtre au XIXe siècle. Cette nouvelle préfigure une série de courts romans à laquelle je compte bientôt me consacrer. « Les Chroniques de Suxley Island », si le titre ne change pas entre-temps. Il y sera question de tueurs fous, de sectes, de religions, d’ésotérisme, d’écrivains ratés et de vengeance. Bientôt, j’espère !

 


Portrait littéraire

Si vous étiez…

 

Un roman classique : Mémoires d’Hadrien (Yourcenar). Je pense que c’est un classique, à présent.

Un roman contemporain : J’ai un tropisme honteux pour les vieilles choses, je lis assez
peu de littérature contemporaine.

Une pièce de théâtre : Lorenzaccio. Pour Musset, qui fut l’un de mes premiers coups de cœur littéraires, pour Florence, pour la Renaissance italienne.

Un poème : Difficile de n’en choisir qu’un. « Les Cloches » d’H.P. Lovecraft est sans doute
le poème qui correspond le mieux à mon état d’esprit du moment, mais « Les Chevaliers
errants » de Victor Hugo garde une place à part dans mon cœur. Et ne parlons pas des textes antiques…

J’ai cité ces vers d’Eshyle sur mon blog, il y a quelque temps : « Sans vin pur, sans autels, sans hymnes, sans guirlandes, — La Mort est le seul dieu qui ne veut pas
d’offrandes ; — Tes grains d’encens brûlés ne sauraient l’émouvoir, — Et l’Amour qui peut tout est sur lui sans pouvoir. » C’est tellement beau et tellement simple. Bref, je m’égare. Impossible de répondre avec concision !

Un auteur : Oscar Wilde, pourquoi pas. Je rêve de salons anglais et de bons mots.

Un personnage de roman : Hadrien, dans Mémoires d’Hadrien. (Encore.) C’est un
personnage fouillé, d’une grande profondeur. J’adore ce livre, j’adore Marguerite Yourcenar ;  une grande dame pour un grand roman.

Un genre littéraire : Le Romantisme, avec quelques incartades du côté de Poe et Baudelaire.

Un mot : Mirliflor.

Une citation : « Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandies, tous sont issus d’une même origine ; tous participent du même caractère d’opposition et de révolte ; tous sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d’aujourd’hui, de combattre et de détruire la trivialité. » — Baudelaire, Le Peintre de la Vie moderne.

 


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