L’autoédition n’est pas un choix par défaut

Il est rare que j’écrive un billet d’humeur. Pas du genre à monter dans les tours à la moindre contrariété. Colérique de nature, certes, mais une colère plutôt intériorisée. Engagée, sans doute, mais discrètement.

Cela étant, parce que le sujet vient régulièrement sur mon tapis ces derniers jours, j’ai le besoin soudain d’affirmer haut et fort : Non, l’autoédition n’est pas un choix par défaut. Ni par dépit. Ce ne doit pas être le cas. Je ne reviendrai pas sur les nombreux avantages qu’il y a à s’autoéditer, mes collègues les connaissent. D’ailleurs, chacun affirme avec force et conviction son choix de l’indépendance, sa volonté d’être libre, et la solidarité qu’il a trouvée dans l’Indésphère. L’auteur indépendant l’affirme, le crie, le clame, le vocifère : contre vents et marées, il demeurera libre et mort aux vaches !

Jusqu’au jour où l’auteur en question est repéré par un éditeur. Jusqu’au jour où il signe un contrat d’édition en bonne et due forme. Et là, retournement illico de veste (avec Dutronc en fond sonore). L’auteur oublie sa prétendue liberté. Certains oublieront même qu’ils ont un jour été des autoédités. D’autres se draperont dans un orgueil pénible, se sentant désormais de l’élite (oui, j’en connais). D’autres encore, plus rusés, boufferont à tous les râteliers.

Je sais que certains vont tiquer à mes mots. Alors soyons clairs : je n’ai rien contre l’édition classique, et rien non plus contre les auteurs édités ou hybrides. Au contraire, je collabore avec des maisons d’édition et chronique régulièrement leurs auteurs. Si on me propose un jour un contrat d’édition, je ne dirai pas forcément non. Je sais que c’est une porte d’entrée potentielle dans les librairies, les salons, les centres culturels, bref auprès d’un public plus large.

Non, ce qui me gêne, c’est le concept de liberté qu’il y a autour. J’ai quitté le monde du travail et du salariat pour cette raison. Parce que je ne reconnais à personne un droit de supériorité sur moi. Personne n’a à définir ma valeur et ma place dans la société. Personne n’a de légitimité pour définir ma vie et l’organisation de mes journées. J’ai quitté le salariat parce que je nie à quiconque le pouvoir de me contraindre. Mes contraintes, je les fixe moi-même. Ma valeur, je m’en fiche. Ma légitimité ne dépend pas du regard d’autrui. Je n’ai pas besoin qu’un « professionnel » du livre me dise « tu es auteur » pour me sentir auteur. Je n’ai pas besoin du regard des autres pour me définir. La littérature était (et elle l’est toujours) une forme de résistance à cette conception pyramidale de la société humaine. L’autoédition, une évidence qui correspondait à mon mode de vie libre.

Mais certains auteurs indépendants, tout en clamant leur liberté, semblent paradoxalement souhaiter qu’un éditeur les remarque un jour et leur donne une légitimité. Pourquoi ? Pourquoi vous cherchez-vous dans le regard d’un autre, aussi professionnel soit il, un autre qui ne vous est rien ? Pourquoi avez-vous besoin de cette reconnaissance-là ? Qu’en avez-vous à faire ? Pourquoi dépendre des autres ?

Bon sang, le voilà, le noeud de ma colère : Apprenez à être libres, bordel ! Signez tous les contrats d’édition que vous voulez, ou restez dans l’autoédition, ou faites les deux, mais rappelez-vous que votre valeur et votre légitimité en tant qu’auteur ne dépendent pas de cela. L’édition n’est pas la voie royale, et l’autoédition un choix par dépit. L’un et l’autre ne sont que les moyens de vous réaliser. En tant qu’auteur, et en tant que personne. Des moyens, et non des fins.

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