Les prénoms épicènes, Amélie Nothomb

 

Genre : littérature contemporaine

Editions : Albin Michel

Paru en : 2018

Nombre de pages : 162

En savoir plus : Albin Michel

Nothomb cru 2018

 

Résumé : « La personne qui aime est toujours la plus forte. »

Alors que le roman précédent, Frappe-toi le coeur, ne m’avait guère séduite, j’ai abordé Les prénoms épicènes avec un frisson de bon augure. Et mon frisson ne m’a pas trompée, car il s’agit là d’un bon Nothomb.

Amélie maîtrise à la perfection l’art de la première phrase : « Il ne décolère pas ». Quelle accroche qui révèle tout sans rien dire ! La suite du roman est dans cette veine : dévoiler sans révéler. L’intrigue apparaît progressivement, mais ce qu’il y a de véritablement fascinant dans Les prénoms épicènes, c’est l’objet même du roman. Quel est-il ? Quelle est la finalité ? La relation père/fille, certes mais pas seulement. Bien sûr, il y a le jeu de dupes joué par Claude. Il y a aussi la vanité de la vengeance préméditée face à la beauté de la vengeance spontanée. Et ce verbe, « to crave », « avoir un besoin éperdu de » qui apparaît en fin de roman, comme étant potentiellement le noeud de l’histoire.

Mais Amélie trompe toujours son lecteur et, quand il voit une conclusion possible à sa lecture, celle-ci se poursuit encore, vers une nouvelle perspective. C’est cela, la force d’Amélie Nothomb : partir d’une perspective, qui conduit vers une autre perspective, qui en dévoile une autre, etc.

La conclusion de la tierce personne est intéressante, elle pose aussi la question du personnage principal : quel est-il ? Epicène, sans nul doute, mais comme souvent chez Nothomb, elle arrive tard dans le récit. Il faut auparavant dérouler le fil qui conduit à sa naissance, l’origine de celle-ci. Reine, dont on pense aux premières lignes qu’elle va dominer l’histoire, se révèle à la fois accessoire et essentielle. Dominique est bien plus présente, personnage clé du jeu de dupes de Claude qui, lui, se veut premier rôle et se révèle n’être qu’un tiers. Tiers vis-à-vis de Reine et de ses aspirations, tiers dans la relation mère-fille entre Dominique et Epicène, tiers dans l’amitié qui lie Reine et Dominique.

Intéressant d’ailleurs de constater comme Amélie Nothomb semble analyser son histoire tout en l’écrivain. Elle se fait tout à la fois conteuse et critique.

Thèmes et personnages des Prénoms épicènes appartiennent aux classiques nothombiens : une jeune femme mince, précoce, intelligente, secrète et froide ; la haine à l’égard d’un parent jusqu’au besoin éperdu de le tuer, une femme singulière qui n’en a pas conscience, etc. Cela pourrait sentir la redite, voire l’obsession personnelle, toutefois cela ne m’a pas dérangée dans la mesure où il y a matière à réfléchir sur les différentes perspectives suggérées par Amélie.

D’ailleurs, j’y réfléchis encore, bien après avoir refermé le livre. Preuve d’un bon roman ? Je dirais que oui.

Laisser un commentaire