Liberté, je crie ton nom…


Quand bien même je suis la seule à le crier dans le silence assourdissant des Hommes qui, aujourd’hui, se retiennent même de respirer.

Hier encore, nous étions libres. Pas complètement, pas tout à fait, mais ton nom avait un peu de sens.

Aujourd’hui… Tout ce que je craignais depuis toujours s’est réalisé. Depuis vingt jours, nous sommes confinés dans nos maisons qui deviennent, au fil des jours qui s’égrènent, des prisons plutôt que des foyers. Pour certains plus que pour d’autres, ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un jardin, une maison agréable, de l’espace. Mais pour tous, c’est la privation de liberté. Confinement : un mot qui ne faisait pas partie de mon vocabulaire il y a encore quelques mois, un mot que je ne veux surtout pas apprendre à ma fille.

Ma fille… cette enfant magnifique de quelques mois qui ressent la tension, la crispation ambiante sans pouvoir lui donner un nom. J’aimerais, un jour, lui montrer les plus beaux endroits de la planète, lui enseigner la beauté de la nature, lui apprendre à ne pas en avoir peur, à ne pas vouloir la maîtriser, à ne pas vivre contre mais avec. Je veux, un jour, la laisser jouer dans des flaques d’eau et apprécier la saveur du vent, tête nue, savourer la pluie, la neige et le soleil. Je ne veux pour elle ni parapluie ni ombrelle, ni masque ni gants, aucun filtre entre elle et la vie.

Et le premier mot qu’elle écrira sera Liberté.

Mais aujourd’hui, qu’aurais-je à lui montrer ? Le monde des Hommes n’est que laideur. Faut-il lui montrer les hélicoptères et les drones qui dénaturent le ciel ? Des gens masqués et gantés qui transpirent la haine de l’autre et la peur de tout ? Les sirènes qui font entendre leur cri sinistre pour annoncer le couvre-feu ? Les mégaphones qui percent le silence ? Des hommes en uniforme qui patrouillent, portant leurs armes comme les preuves de leur toute-puissance ?

J’entends d’ici ses futures questions : « maman, ça sert à quoi une arme ? » A tuer des gens. « Maman, le monsieur à sa fenêtre, pourquoi il nous regarde comme ça ? » Pour nous surveiller, pour nous dénoncer. « Maman, je ne veux plus être un humain. » Moi non plus, ma chérie.

On me dit que c’est pour la bonne cause, que c’est temporaire. Que c’est pour six semaines, à tout casser. Ou peut-être plus. Combien de temps ? On ne sait pas. Mais qu’est-ce que six semaines dans une vie ? Ou six mois ? J’ai lu un article ce matin. Au réveil, alors que ma fille étirait ses petits bras pour en chasser le sommeil, ce n’était pas une bonne idée. L’article se demandait s’il ne fallait pas instaurer un confinement de 18 mois. J’ai été saisie de nausées. Ma fille sera-t-elle enfermée les 18 premiers mois de sa vie ? Et pourquoi au juste ? Est-ce notre seule solution au XXIe siècle, nous enfermer tous ?

Il y en a d’autres pourtant, plus logiques, plus humaines : dépister tout le monde, isoler seulement les malades, expérimenter plus largement l’hydroxychloroquine et l’azithromycine (traitement certes controversé mais pour l’heure, qu’avons-nous de mieux à proposer ?). Ceux qui nous gouvernent ont fait un tout autre choix qui confère à l’absurde. Ils parlent du déconfinement, envisagent des passeports d’immunité. Ceux qui ne sont pas immunisés devront rester confinés. Mais s’ils restent confinés, ils ne peuvent pas être en contact avec le virus et ne peuvent donc pas s’immuniser. Donc on continue à les confiner. Donc ils ne sont pas immunisés. Donc… Ainsi de suite, cercle vicieux.

J’ai peur de ce virus. Tout le monde a peur, c’est naturel. On apprend que des bébés en sont décédés et j’ai peur pour ma fille. Pour mon mari aussi. 65 ans passés et des maladies chroniques, le soignera-t-on s’il tombe malade ? Cherchera-t-on à le réanimer ? Il se peut que non, qu’on le laisse crever faute de place disponible. Et pour ceux qui gouvernent, qu’est-ce que cela peut faire ? Une retraite en moins, et tant pis pour ceux qui meurent, tant pis pour ceux qui restent.

Et je vois plus loin encore. Il arrivera un jour où nous serons débarrassés de ce virus. Mais il y aura eu, grâce à nos gouvernements liberticides, des milliers, peut-être des millions de morts collatérales. Celles causées par la misère, par la récession à venir, par le désespoir, par l’épuisement au travail, par la solitude, par la folie qu’engendre immanquablement l’enfermement.

Liberté, Egalité, Fraternité. Devise de la France foulée au pied, massacrée. Egalité. Egalité des soins quand quelques-uns ont accès à un traitement, même expérimental, et les autres non. Quand on décide de ne pas réanimer certains car trop fragiles, trop âgés, pas de place, pas de moyens. Au travail égalité quand on abolit tous les droits sociaux, profitant d’une crise sanitaire pour supprimer les 35 heures, le congé dominical, les cinq semaines de congés payés, et en retirant de cette loi inique le caractère temporaire de ces mesures. Egalité des chances quand ce sont toujours les mêmes qui triment, les mêmes qui empochent ? Egalité devant la justice quand aujourd’hui, des détenus présumés innocents peuvent être maintenus en prison sans jugement ?

Fraternité quand la France se divise entre ceux qui travaillent et ceux qui sont au chômage partiel, entre les jeunes et les vieux, les pauvres et les riches, ceux des villes et ceux des champs. Quand l’un, constatant sa misère et la richesse de voisin, rêve non pas d’être aussi riche que son voisin mais que celui-ci soit aussi misérable que lui. Fraternité lorsqu’on critique son prochain, quand on le juge, l’insulte, le surveille, le dénonce. Pas par civisme, mais par envie.

Et nos libertés, nous seront-elles rendues intactes ? Quand les gouvernants prennent goût au pouvoir absolu, c’est un poison qui ne connaît aucun remède. Comme des toxicomanes, ils trouveront de bonnes excuses pour ne pas rendre les libertés qu’ils ont volées. Et nous nous habituerons, comme nous le faisons depuis longtemps déjà, à être surveillés, tracés, écoutés, filmés. Nous nous divertirons pour oublier et nous finirons par nous convaincre que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Et nous aimerons tous Big Brother.

Ce n’est pas l’avenir que je veux pour ma fille. J’ai cherché un autre pays pour elle, plus libre et bienveillant. Il n’y en a pas, je n’en trouve aucun. Il n’y a partout que la loi des Hommes qui se veulent maîtres de tout. Et tous les jours, je répète à mon mari : « il faut qu’on change de monde, il faut en trouver un autre ».

C’est temporaire, me dit-on. Alors faites que le temporaire ne devienne pas l’ordinaire.

Le premier mot que ma fille écrira sera ton nom, Liberté.

Mais aura-t-il un sens pour elle ?

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