Cela pourrait commencer à la manière d’une chanson de Gainsbourg : « je suis venu te dire que je m’en vais… ». Ce serait un peu mélodramatique. Pourtant, je suis venue vous dire quelque chose, après des semaines, des mois de réflexion. Je mets en pause mes publications en autoédition, et je vous explique pourquoi.

Autoédition : pause !

Je m’en vais, voilà c’est dit. Je délaisse le petit monde littéraire qui m’a accueillie il y a cinq ans. Temporairement, je vous quitte. Plusieurs raisons motivent mon retrait.

Raison n°1 : la situation générale

D’abord, la situation politique et sociale. Cela fait des mois que je n’ai pas avancé dans mes projets littéraires, car comme je l’explique dans cet article, j’ai l’esprit trop accaparé par le réel. A ma manière, comme je le peux, j’essaie de défendre les libertés et les droits fondamentaux de notre démocratie. En parallèle, je révise ma culture littéraire classique, en reprenant Hannah Arendt, Montesquieu et tant d’autres. Tout cela me prend du temps et de l’énergie.

Quand je me pose devant mes brouillons de romans, je n’en vois plus l’intérêt. Mes petits projets personnels me semblent vains et ridicules face à la gravité de notre situation. Un peu comme si une forêt prenait feu et que je continuais à y ramasser gentiment des champignons. Je ne fustige pas ceux qui continuent à écrire malgré tout, car je comprends le besoin de s’évader, de créer, de rêver. C’est juste que je n’y arrive plus de mon côté.

Raison n°2 : l’autoédition elle-même

Ensuite, le monde de l’autoédition m’a usée en cinq ans. C’est un milieu formidable, qui m’a permis de trouver ma place en tant qu’auteur (et en tant que personne aussi). J’y ai fait des rencontres intéressantes et enrichissantes, dont certaines sont devenues des amitiés solides. Je n’oublie pas tout ce que je dois à tous ces auteurs qui m’ont accompagnée ces dernières années. Et aux lecteurs !

Mais l’auto-édition, c’est aussi comme tout milieu professionnel une bonne part d’hypocrisie, de débats stériles et de scandales à deux ronds ; c’est une bataille un peu vaine pour conquérir quelques lecteurs ; c’est un travail immensément chronophage pour peu de résultats. La communication, en particulier sur les réseaux, me pèse. Je manque de régularité.

Et de conviction, il faut bien le dire. Il m’est difficile de vanter mes livres. Je suis fière de ce que j’ai accompli, mais pas au point de me repaître de mes succès dans une autosatisfaction feinte. Je ne pense pas être la seule auteure à ressentir ce tiraillement entre ce qu’on doit paraître et ce qu’on est. Ni cette impression de s’éloigner progressivement du sens véritable qu’on donne à l’écriture.

Raison n°3 : ma santé

Enfin, ma santé. Comme vous le savez peut-être, je fais face à de sérieux problèmes de santé depuis plusieurs mois. Avant que ce soit derrière moi, il faudra longtemps, et il se peut d’ailleurs que ce ne soit jamais derrière moi et que je doive apprendre à vivre avec la douleur, l’incertitude, les traitements médicaux et les hôpitaux. Difficile à encaisser.

Encore plus vis à vis de ma fille à qui je me dois, quel que soit mon état. Bien sûr, je peux déléguer de temps en temps, mais personne ne remplace une mère. Erilys passe avant tout le reste. Et pour elle, je dois faire attention à ma santé. Je ne dois plus m’épuiser bêtement jusqu’à ce que le corps lâche.

A bientôt, petit monde de l’autoédition !

Je suis venue vous dire à bientôt. Ce n’est pas un adieu, plutôt un recul temporaire. Je n’arrêterai jamais d’écrire, et j’aime publier, partager avec d’autres ce que j’ai écrit. Il me faut un temps de réflexion pour que cette activité d’auteur existe en accord avec mes valeurs. Or, ce n’est pas le cas pour l’instant. Cette communication stéréotypée qu’on s’oblige à faire sur les réseaux ne me correspond pas.

De même, être dépendante des grands monopoles comme Amazon va à l’encontre de ce que je défends. La manière dont les livres sont lus me gêne. Ce consumérisme où le lecteur dicte sa loi uniforme au mépris de la création littéraire. Cette habitude qu’on a prise de tout noter, de donner des étoiles à tout, au coiffeur, au restaurateur, au médecin, au créateur… Ce monde du divertissement permanent, je ne veux plus y contribuer.

Alors il faut que je trouve une manière de le contourner... Peut-être en créant une maison d’édition traditionnelle, en m’appuyant davantage sur les libraires, en proposant un nouveau modèle éditorial aux écrivains… Que sais-je ! J’ai conscience que je ne vivrai jamais de ma plume, cela ne m’empêchera pas de créer encore et encore. Et, libérée de cette pression du chiffre, je pourrai m’adonner à l’écriture avec une liberté que j’avais jusque-là bridée.

De nombreux projets en suspens

Arrêter d’écrire et de publier, jamais ! J’ai une bonne dizaine de projets littéraires dans la tête. Qui plus est, je poursuis mon activité de lecture/correction au service des auteurs et maisons d’édition. Avec, prochainement, de nouveaux services à proposer…

Il me faut seulement du temps pour préciser mes idées et retrouver l’inspiration. Ou plutôt la conviction d’écrire. Pour l’instant, ce qui m’importe est la réalité terrible que nous vivons, et ma fille qui, malheureusement pour elle, est née dans ce monde détraqué. Le reste attendra…

Au demeurant, mes livres sont toujours disponibles et le resteront, sur ma boutique et dans toutes les librairies en ligne ou à la commande. Vous pouvez aussi lire les articles que j’écris régulièrement sur mon blog Mnemosia et me suivre sur mes réseaux. Je poursuis mes activités de lectrice-correctrice et j’ai même quelque projet d’évolution en cours. Enfin, si j’ai quelque bricole littéraire à vous partager, je ne m’en priverai pas. Mais sans pression, sans contrainte, cette fois-ci !

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