Solène Bakowski : « Les monstres ne sont pas forcément là où on les attend »

C’est pour moi un immense, un incommensurable plaisir d’accueillir sur ce site Solène Bakowski, une auteur pour qui j’ai la plus vive admiration et qui a très gentiment accepté de répondre à mes questions. Merci infiniment à elle pour le temps qu’elle m’a accordé…

Solène, pour commencer, quelques mots sur votre parcours ?

Bonjour Loli, et merci beaucoup de m’accueillir sur votre blog ! J’ai 36 ans, je vis à Paris avec mon mari et ma fille. J’ai à ce jour publié 5 romans, dont 2 (bientôt 3) via l’édition traditionnelle. Je suis ce qu’il est aujourd’hui admis d’appeler une auteur « hybride », c’est à dire que j’ai un pied dans l’autoédition et un autre dans l’édition traditionnelle. En ce qui concerne ma bibliographie, il y a d’abord eu Parfois on tombe (2014), Un sac (2015 pour l’autoédition et 2017 pour la sortie en librairie), Chaînes (2015), Une bonne intention (2017 pour l’autoédition et parution prévue en librairie en mars 2018) et, tout récemment, Avec elle qui s’inscrit dans le cadre d’un projet commun avec une autre auteur, Amélie Antoine.

Présentez-nous vos romans…

Parfois on tombe raconte le parcours d’une femme qui vient de perdre son mari et sa fille et qui va décider de partir à l’étranger pour se reconstruire. C’est une sorte de voyage initiatique, un livre sur la rédemption et sur les deuxièmes chances que l’on choisit de se donner, ou pas. De tous mes romans, c’est sans doute celui qui porte le plus d’espoir en lui.

Un sac relate la vie d’une petite tueuse en série. Une enfant, née sous les pires auspices et que la vie ne va pas épargner mais qui, pourtant, se révèlera capable d’un amour infini. Il a souvent été présenté comme une sorte de conte noir.

Chaînes nous plonge dans l’histoire d’un étiolement ordinaire, celui d’un homme qui va irrémédiablement tout perdre et chuter. C’est un texte un peu à part, qui s’essaye un peu au fantastique, bien que le fantastique ne soit au fond qu’un prétexte : c’est avant tout une histoire sur la mémoire, la transmission et les souffrances que l’on laisse en héritage. Je dois avouer que ce roman tient une place particulière dans mon cœur, il est, de tous, le plus personnel.

Une bonne intention s’ouvre sur une petite fille qui, un soir, ne rentre pas de l’école. Bien sûr, tous les soupçons vont se porter sur le père qui peine à se remettre du décès de son épouse. Or, évidemment, tout n’est pas si simple et les gentils comme les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on imagine. C’est l’histoire d’une bonne intention qui fait naître un drame. Ce roman parle de la différence et s’efforce de mettre en garde contre les jugements à l’emporte-pièce.

Avec elle, enfin, est un roman qui propose une nouvelle expérience de lecture. Comme je l’ai dit plus haut, il s’inscrit dans un projet à 4 mains avec une autre romancière, Amélie Antoine. Nous avons décidé de proposer deux romans distincts mais qui ont pour particularité de commencer de la même façon. Et, puis, soudain, un détail anodin vient tout bouleverser. Un lacet dénoué chez moi, renoué chez Amélie, et l’histoire prend des chemins complètement différents.

Vous mettez souvent en scène des personnages qui évoluent hors des codes moraux de la société. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette marginalité ?

Ce n’est pas tant la marginalité qui m’intéresse que ce que la société en fait et comment nous la percevons. Je me méfie beaucoup des idées préconçues et des apparences, c’est sans doute pour cette raison que j’aime gratter les façades de mes personnages pour les explorer vraiment. D’instinct, je me tiens beaucoup sur mes gardes face à ceux qui agitent le drapeau de la moralité à tout bout de champs. C’est ce que j’essaie de faire ressortir dans mes textes : les monstres ne sont pas forcément là où on les attend et ils n’ont pas toujours (pas souvent) la tête de l’emploi…

Un sac, par exemple, raconte une histoire particulièrement sordide. D’où vous est venu ce personnage principal légèrement dérangé ?

Le point de départ d’Un sac peut paraître un peu surprenant 🙂 J’ai commencé à écrire les premières lignes juste après m’être disputée avec ma mère au sujet d’un problème tout à fait anodin. Dans un mouvement d’humeur (et comme j’ai toujours été franchement nulle à l’oral et que ma mère, elle, a une gouaille certaine), je me suis dit que j’allais mettre en scène une mère qui dévore sa fille… Et puis, l’histoire a pris une autre tournure…

Est-ce important selon vous de dissocier l’auteur de ses livres ? Autrement dit, à quel point êtes-vous proche de vos personnages ?

Oui, je crois que c’est important. Pour ma part en tout cas. Lorsque j’écris un roman, je suis très attachée à mes personnages, je vis avec, je discute avec, je me dispute avec, j’en rêve aussi souvent. Mais dès lors que je mets le point final, je les laisse partir. Ils ne m’appartiennent plus.

Vous semblez très attachée à l’autoédition, bien qu’Un sac soit sorti en version poche aux éditions Bragelonne. Pourquoi ce choix ?

Je suis très attachée à l’autoédition parce que j’aime la liberté qu’elle permet, notamment au niveau du calendrier des publications. En revanche, je connais aussi ses limites : un texte, à mon sens, ne peut qu’être sublimé par le regard d’un bon éditeur, on ne peut pas tout faire, ou, disons, tout faire bien. Et puis j’avais envie de cette présence en librairie car je suis très attachée à ces lieux. J’adore m’y promener, c’est plein de promesses et de surprises. De plus, aujourd’hui, c’est grâce à ma maison d’édition que je peux me rendre sur des salons et aller à la rencontre des lecteurs.

Selon vous, quelle est la place de l’auteur dans notre société ?

La place qu’on lui assigne est souvent très au-dessus de la réalité. On s’imagine qu’il doit avoir une conscience politique forte, qu’il doit dénoncer des choses, porter des messages. On le croit juché sur sa montagne, près du soleil. En réalité, en ce qui me concerne en tout cas, je vois juste les auteurs comme des gens qui, à un moment donné, ont eu envie d’écrire et ont eu la chance de rencontrer un lectorat.

Avez-vous des habitudes particulières lorsque vous écrivez ? Ou un moment privilégié dans la journée ?

J’ai la chance de pouvoir me consacrer pleinement à l’écriture et de ne plus être obligée d’écrire dans les transports en commun (ce que je faisais lorsque je travaillais). J’écris en général chez moi, tous les matins, 3 à 4 heures par jour, en musique le plus souvent.

D’autres passions hormis l’écriture ?

La lecture ! 🙂

Avez-vous des projets en cours ?

Je suis sur un projet de roman qui sera un peu noir que le registre dans lequel certains me connaissent.

Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment, c’est encore un peu tôt 🙂

 


Portrait littéraire

Si vous étiez…

Un roman classique : Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde

Un roman contemporain : Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

Une pièce de théâtre : Faust de William Shakespeare

Un poème : Le dormeur du Val d’Arthur Rimbaud

Un auteur : Amin Maalouf

Un personnage de roman : Les héros de Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sijie

Un genre littéraire : la littérature blanche à tendance noire (ça marche ça?). Globalement, je n’aime pas trop les étiquettes dans lesquelles on range souvent les romans 🙂

Un mot : urgence

Une citation : « Si j’étais Dieu, je serais peut-être le seul à ne pas croire en moi. » (Serge Gainsbourg)


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Vous souhaitez en savoir plus sur l’auteur et ses romans ?

http://solene-bakowski.com/

4 commentaires sur “Solène Bakowski : « Les monstres ne sont pas forcément là où on les attend »

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