Christine Angot, L’inceste

Genre : littérature contemporaine

Editions : Stock

Paru en : 1999

Nombre de pages : 216 (192 en format poche)

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L’art de déplaire

 

Résumé : « Christine Angot va gagner. Parce qu’elle ne risque pas de plaire. Elle va trop vite, trop fort, trop loin, elle bouscule les formes, les cadres, les codes, elle en demande trop au lecteur. Elle vient d’avoir quarante ans, elle écrit depuis quinze ans et, en huit livres (depuis 1990, car elle a mis quatre ans à faire publier son premier roman), elle a enjambé la niaiserie fin de siècle. Elle n’est pas humaniste, elle a fait exploser le réalisme, la pseudo-littérature consensuelle, provocante ou faussement étrange, pour poser la seule question, la plus dérangeante : quel est le rapport d’un écrivain à la réalité ? » Josyane Savigneau, Le Monde des livres (1999)

Voilà. J’ai lu L’Inceste. Il fallait que je le lise, ce livre phare d’une auteur tant haïe. Après tout le tapage médiatique dont elle a été l’objet, tapage auquel j’ai contribué en me rangeant dans son « camp », si camp il faut choisir. Mais parler d’une auteur sans l’avoir lue me gênait profondément : savais-je de quoi je parlais ? Donc j’ai lu. L’Inceste pour commencer. J’en lirai d’autres.

Ce n’est pas exactement un roman. Ce n’est certainement pas un témoignage. C’est une parole hachée, décousue, brutale et sans fil ou plutôt à multiples fils. Trop de liens avec tout, de choses mises en correspondances, témoignant d’une pensée qui ne se contient pas, qui s’échappe, qui s’effiloche. Dans son écriture, L’Inceste est un roman difficilement lisible. Il demande beaucoup à celui qui le lit, il est épuisant. Il fait fi des convenances scolaires de la littérature contemporaine. Il est le témoin d’une pensée désarticulée, incohérente parfois, et surtout trop présente. Le personnage pense trop, tout le temps, de tout en même temps.

Juste après la lecture de l’Inceste, j’ai vu sur le web une de ces vidéos au titre racoleur « Christine Angot est-elle folle ? », que je n’ai pas regardé. Alors, est-elle folle ? Si je me fie aux vidéos que j’ai vues d’elle, je dis non. En lisant L’Inceste, je dirais oui. Et alors ? La question n’a guère de sens car la folie ou ce monstre indéfinissable qu’on nomme ainsi est une composante de l’être humain. Est-elle folle ? Oui, peut-être. D’ailleurs, elle l’écrit et le craint. L’Inceste semble être en réalité une grande exclamation disant : « ne voyez-vous pas ? Ne comprenez-vous pas ? » Consciente de sa folie potentielle, la Christine du roman ne l’est sans doute pas tant que cela, folle…

Parle-t-on d’inceste dans ce roman ? Oui, mais cela arrive tardivement. Pour expliquer la structure mentale incestueuse, terme qui résonne étrangement et cependant de manière très appropriée. Le personnage décortique sa propre pensée, tente de la dompter, de ne pas s’y perdre, de l’ordonner. Elle la définit à l’aide du Dictionnaire de la psychanalyse. De même, elle définit son passé, la relation au père, à la mère aussi un peu. Ce qu’il en ressort, c’est l’amour de ce personnage pour ses proches, un amour qui n’a potentiellement pas de limites, une affection qui dépasse les tabous. On en revient à la structure mentale incestueuse. L’auteur est allée loin, très loin. Il y a une forme de masochisme dans ce livre, où le personnage se pousse dans ses retranchements, se brutalise, s’accuse.

Ce n’est pas un discours qui tenterait de prouver quelque chose et de convaincre ; ce n’est pas non plus le témoignage d’une victime qui pleure sur son passé pour excuser son présent. Il n’est pas certain que L’Inceste ait un but, pas certain qu’il y ait là un message à faire passer. L’Inceste, ce sont des mots mis bout à bout, une pensée et non un plaidoyer, un silence et non une voix. C’est de la littérature, voilà tout.

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